La question revient à chaque séjour un peu long, et la réponse qu'on trouve en ligne est presque toujours incomplète : oui, on conduit en Russie avec un permis français, mais pas indéfiniment, et pas dans n'importe quelle situation.
Pour un séjour de passage : oui, avec la traduction
La Russie est partie à la convention de Vienne sur la circulation routière, et le permis français au format carte de 2013 est conforme à cette convention. Il est donc valable sur le territoire russe.
Une réserve, et elle est systématiquement contrôlée : il doit être accompagné d'une traduction en russe certifiée par un notaire. Pas d'un permis international — celui-ci est admis, mais il n'est pas ce que le contrôle routier attend en premier, et il expire au bout de trois ans.
La traduction notariée se fait en Russie, coûte peu, et prend une demi-journée. Elle se garde avec le permis, comme la carte de migration se garde avec le passeport.
Sans elle, la conduite reste possible en droit, mais un contrôle se termine par une amende et une discussion longue. Les loueurs de voiture, eux, refusent tout simplement le dossier.
Dès qu'on s'installe : non
Voilà le point que peu de gens connaissent avant d'y être confrontés.
Dès lors que vous obtenez un titre de séjour — RVP ou VNJ — ou que vous devenez résident, le permis étranger cesse de valoir pour la conduite ordinaire. La loi russe accorde un délai, à l'issue duquel il faut avoir échangé son permis contre un permis russe.
Ce délai se compte à partir de l'obtention du statut de résident, et non de l'arrivée sur le territoire. C'est là que se produit l'erreur : on compte depuis le premier jour en Russie, on croit avoir des mois d'avance, et on découvre qu'on roule sans titre valable depuis six semaines.
Conduire au-delà du délai, c'est conduire sans permis au regard de la loi russe. L'amende est lourde, l'assurance ne joue plus en cas d'accident, et c'est ce second point qui coûte réellement cher.
L'échange : ce qu'il faut faire
Il n'y a pas d'échange administratif automatique entre la France et la Russie : on ne dépose pas son permis français pour recevoir un permis russe par retour de courrier. Il faut passer les examens russes.
Concrètement :
- l'examen théorique, le code, en russe. C'est l'obstacle réel : le vocabulaire est technique, et les questions portent sur des règles qui diffèrent des règles françaises ;
- l'examen pratique, sur véhicule d'auto-école ;
- un certificat médical, délivré par un centre agréé, avec examen ophtalmologique et avis psychiatrique et narcologique ;
- le dossier administratif : passeport, titre de séjour, justificatif d'enregistrement.
Certains candidats sont dispensés de l'examen pratique selon leur situation et la catégorie visée ; les conditions changent, et se vérifient auprès de la GIBDD locale plutôt que sur un forum.
Comptez deux à quatre mois entre la décision et le permis en main, l'essentiel du temps étant consacré à préparer le code en russe.
Le cas du véhicule
Conduire est une chose, posséder en est une autre. Immatriculer un véhicule à son nom demande un enregistrement de résidence valide, et le contrat d'assurance obligatoire — l'OSAGO — se souscrit sur la base de ce même enregistrement.
Un étranger enregistré temporairement peut immatriculer, mais pour une durée alignée sur son titre de séjour : le véhicule est radié à l'expiration. C'est un détail qui compte quand on achète une voiture d'occasion avec l'idée de la revendre plus tard.
Ce qu'il faut retenir
Pour un voyage : permis français plus traduction notariée, et rien d'autre.
Pour une installation : prévoir le passage du permis russe dès l'obtention du titre de séjour, et non quand le délai arrive à son terme. Le code se prépare en même temps que le russe courant — c'est le même effort, et il sert deux fois.
La conduite fait partie de ces sujets qui n'ont l'air de rien depuis la France et qui deviennent bloquants sur place, au même titre que le compte bancaire ou le logement. Ils se règlent tous plus vite quand on sait dans quel ordre les prendre : c'est ce qu'on établit pendant un rendez-vous.