Aller au contenu

La nationalité russe

La loi russe sur la citoyenneté a été entièrement réécrite le 26 octobre 2023. Elle a supprimé l'obligation de renoncer à sa nationalité d'origine, refondu la soixantaine de voies simplifiées en une liste lisible, et ajouté quelque chose qui n'existait pas : la possibilité de retirer la nationalité à qui l'a acquise.

Cette page dit qui peut demander le passeport russe, par quel chemin, avec quelles pièces — et surtout ce que la naturalisation engage. Parce que c'est la seule démarche de ce site qui ne se défait pas, et parce que ses deux conséquences les plus lourdes ne sont presque jamais expliquées avant le dépôt du dossier.

Mis à jour le 26 août 2026

Ce que la loi de 2023 a changé

La loi fédérale du 28 avril 2023 sur la citoyenneté russe est entrée en vigueur le 26 octobre 2023. Elle remplace intégralement celle de 2002, et trois de ses changements comptent pour un Français.

Elle a supprimé l'obligation de renoncer. L'ancienne loi exigeait, dans la voie ordinaire, de se défaire de sa nationalité d'origine. C'était l'obstacle qui arrêtait la plupart des candidats occidentaux. Il n'existe plus.

Elle a rangé les voies simplifiées. Une soixantaine de catégories éparpillées dans des textes successifs ont été refondues en une liste unique. Le résultat est plus lisible, et il a élargi certains cas au passage.

Elle a créé la cessation de la nationalité acquise. C'est le changement qu'on lit le moins et qui pèse le plus : la nationalité obtenue par naturalisation peut désormais être retirée. Ce point est développé plus bas.

La voie ordinaire

Elle suppose de réunir, cumulativement :

  • cinq ans de résidence permanente en Russie sous permis de séjour, en continu, sans quitter le pays plus de trois mois par année ;
  • une source de revenus légale, justifiée ;
  • la connaissance du russe, de l'histoire de la Russie et des fondements de sa législation, attestée par le certificat ou par une dispense ;
  • le serment de citoyen de la Fédération de Russie.

Le dossier se dépose au service des migrations du ministère de l'Intérieur. Dans la voie ordinaire, la décision appartient au président de la Fédération : c'est un décret qui admet, et le délai réel se compte en mois plutôt qu'en semaines. Le président peut aussi, en vertu de la loi, accorder la nationalité à qui il veut, hors de toute condition — c'est la voie qu'ont empruntée plusieurs personnalités occidentales, et elle ne se demande pas, elle s'obtient.

Les voies simplifiées

Elles dispensent des cinq ans, et parfois de davantage. Les plus fréquentes chez les francophones :

  • le conjoint d'un citoyen russe avec qui l'on a un enfant commun ;
  • l'enfant d'un parent citoyen russe résidant en Russie ;
  • la personne née sur le territoire de la RSFSR et ayant eu la nationalité soviétique ;
  • le diplômé d'un établissement russe après le 1er juillet 2002, ayant travaillé au moins un an en Russie ;
  • le participant au programme d'État de réinstallation des compatriotes, avec sa famille ;
  • le locuteur natif du russe reconnu comme tel par la commission ;
  • la personne ayant servi au moins un an sous contrat dans les forces armées russes.

Dans les voies simplifiées, la décision revient au ministère de l'Intérieur et non au président. C'est ce qui explique l'écart de délai entre les deux chemins : quelques mois d'un côté, souvent près d'un an de l'autre.

Le dossier et son coût

Les pièces varient selon la voie invoquée, mais le socle est constant : formulaire en russe, passeport traduit et certifié, permis de séjour, justificatif de revenus, certificat de langue ou dispense, photographies, actes d'état civil apostillés et traduits, et le reçu de la taxe d'État.

Poste Ordre de grandeur Remarque
Taxe d'État — citoyenneté 3 500 – 4 000 ₽ Une seule fois, au dépôt
Certificat de langue et d'histoire 6 000 – 10 000 ₽ Niveau supérieur à celui du VNJ
Traductions notariées 3 000 – 8 000 ₽ Selon le nombre d'actes
Apostilles, côté français 0 – 100 € À faire en France, avant le départ

Relevé à l'été 2026. Les taxes d'État russes ont été révisées au 1er janvier 2025 et le sont régulièrement : le montant exact se vérifie au dépôt, ces chiffres donnent le rang de grandeur.

Le serment se prête après la décision d'admission, solennellement, et c'est à cet instant seulement que la nationalité est acquise. En sont dispensés les mineurs, les personnes reconnues incapables, et celles qu'un motif de santé empêche de lire le texte.

Ce que la naturalisation engage vraiment

Ces trois points ne sont presque jamais expliqués avant le dépôt. Ils devraient l'être, parce qu'aucun ne se défait.

Et enfin, la cessation de la nationalité acquise, créée par la loi de 2023 : elle peut être retirée à qui l'a obtenue par naturalisation — jamais à un Russe de naissance — pour condamnation au titre de certaines infractions, pour renseignements faux communiqués lors de la demande, ou pour refus du serment. Un naturalisé n'est donc pas juridiquement dans la même situation qu'un citoyen né russe, et il est honnête de le savoir avant de déposer.

Faut-il la demander ?

La question n'a pas de réponse générale, mais elle a des réponses claires selon les cas.

Elle se justifie quand la vie est en Russie pour de bon, quand il y a une famille russe, quand un projet professionnel suppose un statut de citoyen, ou quand l'accès aux emplois publics et au droit de vote compte vraiment.

Elle se discute pour un homme de moins de trente ans, pour une famille avec des fils adolescents, et pour qui garde des intérêts, une activité ou des biens en France et voudrait pouvoir compter sur son consulat en cas de coup dur.

Elle est souvent inutile quand le VNJ suffit — et il suffit dans la plupart des vies ordinaires : il donne le travail sans restriction, l'assurance maladie, la retraite, la banque, le logement, et il n'a pas de date de fin.

Pour situer la démarche dans un projet d'ensemble plutôt que dans une suite de formalités, le guide complet de l'expatriation en Russie prend la question par le bout de la vie qu'on veut mener. Et si la Biélorussie fait partie des hypothèses, ses titres de séjour et ses voies d'installation répondent à une logique différente, qu'il vaut mieux comparer avant de choisir.

Questions fréquentes

Faut-il renoncer à la nationalité française pour devenir russe ?
Non. La loi russe du 26 octobre 2023 sur la citoyenneté a supprimé l'obligation de renoncer à sa nationalité d'origine, qui existait dans la voie ordinaire de l'ancienne loi de 2002. La France, de son côté, ne retire pas la nationalité française à celui qui en acquiert une autre. La double nationalité franco-russe est donc légalement possible des deux côtés. Elle a en revanche des conséquences concrètes en Russie, qui sont détaillées plus bas.
Combien de temps faut-il vivre en Russie avant de pouvoir demander la nationalité ?
Cinq ans de résidence permanente sous permis de séjour — le VNJ — dans la voie ordinaire, avec des absences ne dépassant pas trois mois par an. Les voies simplifiées raccourcissent ce délai ou le suppriment entièrement : le conjoint d'un citoyen russe avec un enfant commun, l'enfant d'un parent russe, la personne née en RSFSR, le diplômé d'une université russe ayant travaillé un an en Russie, ou le participant au programme de réinstallation des compatriotes déposent sans attendre les cinq ans.
La Russie reconnaît-elle la double nationalité ?
Elle l'autorise sans la reconnaître, et la nuance est capitale. Sur le territoire russe, une personne qui détient le passeport russe est traitée exclusivement comme un citoyen russe, quelles que soient ses autres nationalités. Concrètement : le consulat de France ne peut plus intervenir en sa faveur auprès des autorités russes, parce que du point de vue de Moscou il n'y a pas d'étranger à protéger. C'est la conséquence la plus lourde de la naturalisation, et la moins souvent expliquée.
Un Français naturalisé russe est-il concerné par la conscription ?
Elle concerne les citoyens russes de sexe masculin de dix-huit à trente ans — la limite a été portée de vingt-sept à trente ans le 1er janvier 2024. Un titulaire de permis de séjour ou de RVP n'est jamais concerné, quel que soit son âge : c'est la citoyenneté qui déclenche l'obligation, pas la résidence. Le point vaut aussi pour un fils mineur naturalisé en même temps que ses parents, qui y sera soumis à ses dix-huit ans.
Faut-il déclarer sa nationalité russe à la France, ou l'inverse ?
La France ne demande rien. La Russie, elle, impose à ses citoyens de déclarer toute nationalité étrangère ou tout titre de séjour étranger au ministère de l'Intérieur, dans les soixante jours suivant l'acquisition. L'omission est une infraction administrative sanctionnée par une amende, et le défaut complet de déclaration relève du code pénal russe. C'est un oubli courant chez les naturalisés récents, et il se rattrape mal.
La nationalité russe peut-elle être retirée ?
Depuis la loi de 2023, oui, mais seulement à qui l'a acquise — jamais à un Russe de naissance. Trois motifs sont prévus : la condamnation pour certaines infractions listées par la loi, la communication de renseignements faux au moment de la demande, et le refus de prêter le serment. C'est une nouveauté de la loi de 2023, et elle place le naturalisé dans une situation juridique qui n'est pas celle d'un citoyen né russe.
Le serment est-il obligatoire ?
Oui, depuis 2017 et confirmé par la loi de 2023. Le serment de citoyen de la Fédération de Russie se prête solennellement après la décision d'admission ; la nationalité n'est acquise qu'à ce moment-là, pas à la signature de la décision. En sont dispensés les mineurs, les personnes incapables et celles qui ne peuvent lire le texte pour un motif de santé.

Pour aller plus loin

Votre cas n'est pas dans la page ?

La nationalité ne se rend pas : chaque question qu'on se pose avant vaut mieux que la réponse qu'on trouvera après. Un homme jeune, un fils mineur, une activité à garder en France — écrivez, nous regardons votre cas de près.

Une question ?

Écrivez-nous, la réponse est gratuite

Les règles changent vite et une situation particulière ne se règle pas toujours dans une page générale. Décrivez la vôtre : nous répondons à la main, depuis la Russie, et nous disons franchement quand la démarche se fait très bien sans nous.

Nous accompagnons des francophones depuis 2021, et plus de cent personnes sont passées entre nos mains.

Réponse sous 24 à 48 h, gratuite et sans engagement. Votre adresse ne sert qu'à vous répondre.