S'expatrier et vivre en Russie
Venir en Russie et y vivre sont deux choses différentes. Un visa autorise un séjour ; il n'ouvre ni le droit de travailler, ni un vrai compte bancaire, ni la sécurité sociale, ni rien de ce qui fait une vie ordinaire. Tout cela commence au premier titre de séjour.
Le chemin est balisé et il est plus court qu'on ne le croit : trois étages, une dizaine de démarches, et un budget qui reste, à confort égal, très inférieur au budget français. Voici ce que chaque étage donne, ce qu'il exige, ce qu'il coûte, et ce qui le fait perdre.
Mis à jour le 21 août 2026
Les trois étages du séjour
Le droit russe distingue trois situations, et chacune donne des droits très différents. On les gravit dans l'ordre : on n'obtient pas un permis de résidence sans avoir eu un RVP, sauf cas particuliers.
| Titre | Durée | Ce qu'il ouvre |
|---|---|---|
| Visa | Jusqu'à 1 an | Le séjour seul, sans droit au travail |
| RVP | 3 ans, non renouvelable | Travail et résidence dans une seule région |
| Permis de résidence | Sans limite | Travail et résidence partout, sécurité sociale, retraite |
| Citoyenneté | Définitive | Passeport russe, vote, et les obligations qui vont avec |
La marche la plus haute est la première. Passer du visa au RVP change tout : le compte bancaire cesse d'être un compte au rabais, l'emploi devient possible, l'enregistrement migratoire à répéter tous les trois mois laisse la place à une inscription d'adresse ordinaire. Les deux marches suivantes se montent presque toutes seules ensuite.
Le RVP : le quota, et les voies qui l'évitent
Le permis de séjour temporaire dure trois ans, ne se renouvelle pas, et vaut pour une seule région : celle où il a été demandé. On y travaille sans patente, on y ouvre un compte comme un résident, et on y demande le permis de résidence au bout d'un an. En contrepartie, il faut rester dans cette région et s'y faire enregistrer.
La difficulté ordinaire du RVP est le quota : chaque région reçoit un nombre de places fixé pour l'année, et il est épuisé en quelques semaines dans les grandes villes. D'où l'importance des voies qui n'en dépendent pas.
Les demandes hors quota
Les catégories suivantes obtiennent le RVP sans passer par le quota. Ce sont elles qui font la différence entre un dossier déposé en trois semaines et un dossier qui attend l'ouverture des places de l'année suivante.
- Le conjoint d'un citoyen russe résidant en Russie, sur le fondement du mariage.
- L'enfant, le parent ou le tuteur d'un citoyen russe, dans les conditions prévues par la loi.
- La personne née sur le territoire de la RSFSR et ayant eu la nationalité soviétique.
- Le participant au programme d'État de réinstallation des compatriotes, avec sa famille.
- L'étranger admis au titre du décret 702 sur les valeurs traditionnelles russes.
- L'investisseur, dans les cas et les seuils fixés par le gouvernement.
Le dossier, et ce qu'il coûte
Il se dépose au service des migrations de la région choisie, ou au consulat pour certaines voies. Les pièces se ressemblent d'un cas à l'autre : passeport traduit et certifié, photographies, certificat médical, examen de langue sauf dispense, et le justificatif de la catégorie invoquée.
| Poste | Ordre de grandeur | Remarque |
|---|---|---|
| Taxe d'État — RVP | 1 600 ₽ | Une seule fois, au dépôt |
| Taxe d'État — résidence | 5 000 ₽ | Au dépôt du VNJ |
| Examen de langue | 6 000 – 8 000 ₽ | Valable 5 ans, sauf dispense |
| Certificat médical | 5 000 – 10 000 ₽ | Valable 3 mois seulement |
| Traductions notariées | 3 000 – 8 000 ₽ | Selon le nombre d'actes |
Le délai d'instruction est de quatre mois pour un ressortissant soumis à visa, moins pour les voies simplifiées. Les traductions et la légalisation des actes d'état civil français prennent souvent plus de temps que l'instruction elle-même : c'est par là qu'il faut commencer, apostille comprise.
Le permis de résidence, sans limite de durée
Depuis le 1er novembre 2019, le vid na jitelstvo est délivré sans date de fin. C'est le changement le plus favorable de ces dernières années pour les étrangers installés : il n'y a plus de renouvellement à cinq ans, plus de dossier à refaire, plus de risque d'oublier une échéance.
Il se demande en général après un an de RVP, et il donne le droit de vivre et de travailler dans toute la Russie, de bénéficier de l'assurance maladie obligatoire, de cotiser pour la retraite, et de sortir et rentrer librement du pays. Il ne donne pas le droit de vote, ni l'accès aux emplois publics, ni le passeport russe.
La citoyenneté, et ce qu'elle engage
La voie ordinaire suppose cinq ans de résidence permanente avec un permis de résidence, une source de revenus légale, la connaissance du russe, et le serment. Des voies simplifiées existent, notamment pour le conjoint d'un citoyen russe et pour les personnes ayant des attaches familiales ou historiques avec le pays.
La loi de 2023 sur la citoyenneté n'impose plus de renoncer à sa nationalité d'origine, et la France ne retire pas la sienne : la double nationalité est donc possible. Deux conséquences méritent d'être pesées avant de la demander, parce qu'elles ne se défont pas :
La conscription
Elle concerne les citoyens russes de sexe masculin de dix-huit à trente ans. Un titulaire de permis de résidence, lui, n'est jamais concerné. Le point vaut pour un homme jeune comme pour un fils naturalisé en même temps que ses parents.
La déclaration de double nationalité
Un citoyen russe qui détient un autre passeport doit le déclarer aux autorités russes dans les délais prévus par la loi. L'omission est sanctionnée, et l'oubli est courant chez les naturalisés récents.
Les six démarches des premières semaines
Elles s'enchaînent, et l'ordre n'est pas indifférent : chacune sert de pièce à la suivante. Fait dans cet ordre, l'ensemble prend deux à trois semaines ; fait au hasard, il peut prendre trois mois.
- 1
L'enregistrement de l'adresse
Sept jours ouvrables après l'arrivée. C'est la pièce qui ouvre toutes les autres, et l'oubli le plus cher du séjour russe.
- 2
Le numéro de téléphone russe
Il se prend en boutique avec le passeport et l'enregistrement. Sans lui, ni banque, ni Gosouslougui, ni taxi, ni livraison : le pays fonctionne au numéro de mobile.
- 3
Le numéro fiscal — l'INN
Gratuit, délivré par l'administration fiscale en quelques jours. Il est demandé pour l'emploi, pour certains comptes, et pour toute déclaration.
- 4
Le compte bancaire
Avec un RVP, un compte de résident et sa carte Mir, utilisable partout. Sans titre de séjour, l'ouverture reste possible mais plus limitée.
- 5
Le SNILS et l'assurance maladie
Le SNILS est le numéro de sécurité sociale ; il ouvre le compte Gosouslougui, qui remplace la quasi-totalité des guichets. L'assurance obligatoire suit le permis de résidence ou l'emploi ; en attendant, une assurance volontaire couvre les soins.
- 6
Le permis de conduire
Le permis français conduit un temps, mais un titulaire de permis de résidence ou un naturalisé doit passer au permis russe dans l'année qui suit l'obtention de son titre.
Deux de ces démarches ont leur page ici, parce qu'elles piègent presque tout le monde : l'enregistrement migratoire et l'ouverture d'un compte russe.
Ce que coûte vraiment une vie sur place
C'est la question qui décide, et celle sur laquelle circulent le plus de chiffres faux. Voici un budget mensuel pour une personne seule, hors loyer, à l'été 2026. Le loyer, lui, se lit sur la page consacrée à la location : il double à peu près ces montants.
| Poste | Moscou | Ville de province |
|---|---|---|
| Courses alimentaires | 25 000 – 35 000 ₽ | 18 000 – 25 000 ₽ |
| Transports | 3 000 – 4 500 ₽ | 1 500 – 2 500 ₽ |
| Mobile et internet | 1 000 – 1 500 ₽ | 800 – 1 200 ₽ |
| Restaurants et sorties | 15 000 – 30 000 ₽ | 8 000 – 15 000 ₽ |
| Santé courante | 3 000 – 6 000 ₽ | 2 000 – 4 000 ₽ |
| Total hors loyer | 60 000 – 90 000 ₽ | 40 000 – 60 000 ₽ |
Le salaire moyen russe tourne autour de quatre-vingt-dix mille roubles bruts, nettement plus à Moscou. Ce que cela signifie concrètement : vivre en Russie d'un revenu russe est confortable en province et serré à Moscou ; vivre d'un revenu français ou d'une retraite française y est confortable partout. Encore faut-il pouvoir faire venir cet argent — c'est le sujet de la page sur les virements, et le principal obstacle pratique de l'expatriation depuis 2022.
Côté impôts, le seuil est simple : au-delà de cent quatre-vingt-trois jours passés en Russie sur douze mois glissants, vous devenez résident fiscal russe. Le barème russe est progressif depuis le 1er janvier 2025, et il commence à treize pour cent — un taux qui reste très bas par comparaison. La convention fiscale entre la France et la Russie décide, revenu par revenu, du pays d'imposition ; elle se lit avant le déménagement, pas après.
Le quotidien : santé, école, papiers, réseau
La santé
L'assurance obligatoire couvre le titulaire d'un permis de résidence et le salarié ; les autres prennent une assurance volontaire, quelques milliers de roubles par an, qui donne accès aux cliniques privées. Le niveau technique des grandes villes est bon, l'attente courte, et une consultation privée coûte l'équivalent de vingt à quarante euros.
L'école
L'école publique russe est gratuite et accessible aux enfants d'étrangers résidant légalement, sur présentation de l'enregistrement d'adresse. Elle se fait en russe : un enfant de moins de dix ans s'y coule en quelques mois, un adolescent a besoin d'un soutien linguistique. Moscou et Saint-Pétersbourg comptent des établissements francophones, payants et à effectifs limités.
Les papiers, en ligne
Gosouslougui, le portail des services publics, règle la quasi-totalité des démarches courantes une fois le SNILS obtenu : rendez-vous administratifs, amendes, impôts, écoles, santé. Les guichets physiques MFTs, présents dans chaque quartier, traitent le reste sans rendez-vous en trente minutes. L'administration russe est nettement plus numérisée que la française.
Le téléphone et internet
Un forfait mobile russe illimité coûte entre quatre et sept cents roubles par mois, la fibre entre cinq et huit cents. Les services occidentaux ne sont plus tous accessibles ni payables depuis la Russie : les équivalents russes — Yandex, VK, Ozon, les banques et leurs applications — couvrent l'essentiel du quotidien.
Pour ce que la vie sur place a de moins administratif — les villes, les gens, ce qui surprend et ce qui manque — le récit se lit chez Thomasovitch, et l'actualité qui conditionne les démarches se suit sur InfoRussie.
Ce qui fait perdre un titre de séjour
Un RVP et un permis de résidence s'annulent, et presque toujours pour les mêmes quatre raisons. Aucune n'est une fatalité : toutes se surveillent avec un rappel dans un calendrier.
Les six mois d'absence
Passer plus de six mois hors de Russie sur une année entraîne l'annulation du titre. C'est le motif le plus fréquent chez ceux qui gardent une activité en France et font des allers-retours sans compter les jours.
La notification annuelle oubliée
Deux années sans confirmer sa résidence et justifier ses revenus, et le titre tombe. La démarche se fait en ligne, en dix minutes, dans les deux mois qui suivent la date anniversaire.
Les infractions répétées
Deux infractions administratives en un an dans certains domaines — ordre public, régime de séjour, stupéfiants — suffisent au refus ou à l'annulation. Les infractions routières s'y ajoutent plus souvent qu'on ne l'imagine.
La déclaration inexacte
Une pièce fausse, une adresse déclarée où l'on n'habite pas, un mariage jugé fictif : ce sont des motifs d'annulation, avec interdiction d'entrée à la clé. L'enregistrement de complaisance, courant et vendu partout, entre exactement dans cette case.
Questions fréquentes
- Quelle est la différence entre le RVP et le vid na jitelstvo ?
- Le RVP est un permis de séjour temporaire de trois ans, non renouvelable, rattaché à la région qui l'a délivré : on y travaille et on y réside, mais on ne peut pas s'installer librement ailleurs en Russie. Le vid na jitelstvo, souvent abrégé VNJ, est le permis de résidence : il est délivré sans limite de durée depuis novembre 2019, il vaut sur tout le territoire, et il ouvre l'accès à la sécurité sociale et à la retraite russes. Le second se demande en général après un an de RVP.
- Faut-il parler russe pour obtenir un permis de séjour en Russie ?
- Oui, sauf dispense. Le RVP comme le permis de résidence supposent un examen de russe, d'histoire de la Russie et de bases du droit, passé dans un centre agréé et valable cinq ans. Plusieurs catégories en sont dispensées, notamment les personnes admises au titre du décret 702 sur les valeurs traditionnelles, les diplômés d'un établissement soviétique ou russe, et les plus de soixante-cinq ans pour les hommes, soixante pour les femmes.
- Peut-on travailler en Russie avec un RVP ?
- Oui, et c'est l'un de ses principaux intérêts. Le titulaire d'un RVP travaille sans patente ni permis de travail, mais uniquement dans la région qui a délivré son titre. Le titulaire d'un permis de résidence, lui, travaille partout sur le territoire. Avec un simple visa, en revanche, aucun emploi salarié n'est possible sans autorisation spécifique obtenue par l'employeur.
- Combien faut-il d'argent pour vivre en Russie ?
- Hors loyer, une personne seule vit correctement avec quarante à soixante mille roubles par mois en province, et soixante à quatre-vingt-dix mille à Moscou, en 2026. Le loyer double à peu près ces montants. Les postes qui coûtent nettement moins qu'en France sont les transports, les charges, la téléphonie et les soins courants ; ceux qui coûtent autant ou davantage sont les produits importés, l'électronique et les voitures.
- Un Français perd-il sa nationalité en devenant russe ?
- Non. La France ne retire pas la nationalité française à celui qui en acquiert une autre, et la loi russe de 2023 sur la citoyenneté n'exige plus de renoncer à sa nationalité d'origine. La double nationalité franco-russe est donc possible. Elle doit en revanche être déclarée aux autorités russes dans les délais prévus, faute de quoi l'omission est sanctionnée.
- La conscription russe s'applique-t-elle aux expatriés ?
- Elle ne concerne que les citoyens russes de sexe masculin âgés de dix-huit à trente ans. Un étranger titulaire d'un RVP ou d'un permis de résidence n'est pas concerné, quel que soit son âge. C'est un point à peser avant de demander la citoyenneté pour un homme jeune, ou pour un fils qui deviendrait russe en même temps que ses parents.
- Peut-on garder son travail français en vivant en Russie ?
- C'est fréquent, et cela pose deux questions distinctes. Celle du droit du travail d'abord : un employeur français n'a en général pas le droit de laisser un salarié travailler durablement depuis l'étranger sans adapter son contrat. Celle de la fiscalité ensuite : au-delà de cent quatre-vingt-trois jours passés en Russie sur douze mois, vous devenez résident fiscal russe, et la convention fiscale entre les deux pays décide alors où chaque revenu est imposé.
- Combien de temps prend une installation complète en Russie ?
- Compter un an entre le premier dossier de visa et un RVP en main, et deux à trois ans de plus pour le permis de résidence. Les démarches quotidiennes — numéro de téléphone, compte bancaire, numéro fiscal, sécurité sociale — se règlent en deux à trois semaines quand on sait dans quel ordre les faire, et traînent plusieurs mois quand on les découvre une par une.
Avant et après
Le visa idéologique
Le décret 702 : le RVP sans quota ni examen. La voie la plus rapide.
Le visa russe
Le premier titre, celui par lequel toute installation commence.
Se loger en Russie
L'adresse qui rend possible l'enregistrement, donc tout le reste.
Travailler en Russie
Un revenu local, le patent, et les métiers ouverts à un francophone.
Votre cas n'est pas dans la page ?
Un mariage russe, des enfants scolarisés, une retraite française à faire venir, une région dont le quota est clos : chaque installation a sa particularité, et c'est elle qui décide de la voie à prendre. Racontez-nous la vôtre.