Le VNJ, le permis de séjour russe
Le VNJ — вид на жительство, « vid na jitelstvo » — est le titre qui fait qu'on cesse d'être de passage. Depuis le 1er novembre 2019, il est délivré sans date de fin : plus de renouvellement tous les cinq ans, plus de dossier à refaire, plus d'échéance à surveiller.
C'est la deuxième marche de l'escalier russe : le visa fait entrer, le RVP autorise à rester trois ans dans une région, le VNJ ouvre le pays entier et pour toujours. Voici qui peut le demander, ce qu'il faut réunir, ce qu'il coûte, et les deux obligations qui le font perdre à ceux qui les ignorent.
Mis à jour le 26 août 2026
Ce qu'est le VNJ, et ce qu'il n'est pas
Le vid na jitelstvo est le permis de séjour permanent russe. Le mot « permanent » n'est pas une figure de style : depuis la loi fédérale du 2 août 2019, entrée en vigueur le 1er novembre de la même année, le titre est délivré sans limite de durée. Auparavant il valait cinq ans et se renouvelait ; des milliers d'étrangers installés ont perdu leur droit de séjour pour avoir laissé passer une échéance qu'ils avaient en tête cinq ans plus tôt. Ce risque-là a disparu.
Il ne faut pas le confondre avec les deux titres qui l'entourent.
Ce que le VNJ ne donne pas mérite d'être dit aussi clairement : ni le droit de vote, ni l'accès aux emplois de la fonction publique, ni le passeport russe, ni la protection consulaire russe à l'étranger. Son titulaire reste un étranger — un étranger qui a le droit de vivre en Russie indéfiniment, mais un étranger.
Qui peut le demander
La voie ordinaire : huit mois de RVP
C'est le chemin de la grande majorité des Français installés. Il faut avoir obtenu un RVP, l'avoir tenu au moins huit mois, et déposer la demande de VNJ avant que les trois ans du RVP ne s'achèvent. Le calendrier est donc plus serré qu'il n'y paraît : entre le huitième mois et le trente-sixième, il reste une fenêtre confortable, mais elle se referme, et le RVP ne se renouvelle pas.
Le conseil qui revient le plus souvent dans nos accompagnements : ne pas attendre la deuxième année. Le certificat médical périme en trois mois, les traductions notariées prennent des semaines, et un dossier incomplet renvoie à la file d'attente, pas à la caisse.
Les voies directes, sans RVP préalable
Une dizaine de catégories déposent la demande de VNJ sans jamais passer par le RVP. Ce sont elles qui font gagner une année entière, et il vaut la peine de vérifier si l'une s'applique avant de commencer quoi que ce soit :
- la personne née sur le territoire de la RSFSR et ayant eu la nationalité soviétique ;
- l'enfant d'un parent citoyen russe résidant en Russie ;
- le parent d'un enfant citoyen russe, dans les conditions prévues par la loi ;
- le spécialiste hautement qualifié et les membres de sa famille ;
- le diplômé avec mention d'un établissement d'enseignement russe accrédité par l'État ;
- le locuteur natif du russe reconnu comme tel par la commission prévue à cet effet ;
- le participant au programme d'État de réinstallation des compatriotes, avec sa famille ;
- le citoyen biélorusse, au titre de l'accord entre la Russie et la Biélorussie ;
- l'apatride et la personne à qui l'asile a été accordé.
Le dossier, pièce par pièce
Le dossier se dépose au service des migrations du ministère de l'Intérieur de la région où l'on réside, sur rendez-vous. Il comporte, pour un adulte :
- le formulaire de demande, en deux exemplaires, rempli en russe ;
- quatre photographies au format demandé ;
- le passeport, avec sa traduction certifiée par un notaire russe ;
- le RVP, sauf pour les voies directes ;
- le certificat de langue, d'histoire et de législation russes, sauf dispense ;
- les certificats médicaux : absence de VIH, absence de maladies infectieuses présentant un danger pour l'entourage, et examen narcologique ;
- le justificatif de revenus de l'année écoulée, au-dessus du minimum vital de la région ;
- le justificatif de logement, quand la région le réclame ;
- le reçu de la taxe d'État.
Les empreintes digitales et la photographie biométrique sont prises au dépôt. Elles sont obligatoires depuis fin 2021 pour tout étranger séjournant plus de quatre-vingt-dix jours.
L'examen, et qui en est dispensé
L'examen porte sur trois matières : la langue russe, l'histoire de la Russie et les fondements de sa législation. Il se passe dans un centre agréé, le certificat vaut cinq ans, et le niveau demandé pour le VNJ est plus élevé que pour le RVP.
En sont dispensés, notamment : les mineurs, les hommes de plus de soixante-cinq ans et les femmes de plus de soixante, les spécialistes hautement qualifiés, les locuteurs natifs reconnus, les participants au programme des compatriotes, et les titulaires d'un diplôme délivré en URSS avant le 1er septembre 1991 ou en Russie après cette date.
Le décret 702 dispense de l'examen au stade du RVP. Il ne dispense pas de celui du VNJ : c'est le point qui surprend le plus les familles arrivées par cette voie, et il se prépare un an à l'avance.
Le coût et les délais
| Poste | Ordre de grandeur | Remarque |
|---|---|---|
| Taxe d'État | 5 000 ₽ | Une seule fois, au dépôt |
| Examen langue-histoire-droit | 6 000 – 10 000 ₽ | Valable 5 ans, sauf dispense |
| Certificats médicaux | 5 000 – 12 000 ₽ | Valables 3 mois seulement |
| Traductions notariées | 3 000 – 8 000 ₽ | Selon le nombre d'actes |
| Apostilles, côté français | 0 – 100 € | Gratuit en principe, hors intermédiaire |
Relevé à l'été 2026. Les montants russes bougent avec les tarifs officiels et les prix des centres agréés ; ceux-ci donnent l'ordre de grandeur, pas la facture.
Le délai d'instruction est de quatre mois dans le cas général. Il tombe à deux mois pour les locuteurs natifs reconnus et les participants au programme des compatriotes, et à trois mois pour les spécialistes hautement qualifiés. Ces délais courent à partir du dépôt d'un dossier complet : une pièce manquante ne prolonge pas l'instruction, elle la fait recommencer.
Les deux obligations qui font perdre le VNJ
Un permis sans date de fin n'est pas un permis sans condition. Deux obligations pèsent sur son titulaire, et ce sont elles qui expliquent la quasi-totalité des annulations.
S'y ajoute l'enregistrement à l'adresse de résidence, qui remplace l'enregistrement migratoire des séjours courts : il se fait dans les sept jours suivant l'installation à une nouvelle adresse. Le mécanisme, ses délais et ce que coûte l'oubli sont détaillés sur la page de l'enregistrement migratoire.
Ce que le VNJ change, au jour le jour
Au-delà du droit de rester, le VNJ change quatre choses concrètes.
Le travail. Plus de patente à renouveler, plus de permis de travail attaché à un employeur, plus de restriction régionale. On postule comme un résident, et un employeur russe cesse de voir un dossier compliqué.
La santé. L'assurance maladie obligatoire — le polis OMS — s'ouvre au titulaire d'un VNJ. C'est un changement de nature, pas de degré : l'assurance privée qu'il faut souscrire avant, à quelques dizaines de milliers de roubles l'année, disparaît de la ligne des dépenses.
La banque et le logement. Le VNJ est traité comme un document de résident par les banques russes, ce qui simplifie l'ouverture de compte et l'accès au crédit. Les questions d'argent — faire venir ses euros, ouvrir un compte, ce que la loi de 2025 a changé — sont traitées sur la page de la banque et sur celle qui explique comment envoyer de l'argent en Russie.
Le permis de conduire. Depuis le 1er avril 2024, le titulaire d'un VNJ doit échanger son permis étranger contre un permis russe dans l'année qui suit l'obtention de son titre. C'est un examen, pas une simple formalité d'échange.
Et si la Russie n'est qu'une étape
Le voisin biélorusse a un régime distinct, avec ses propres délais et ses propres conditions : qui hésite entre Minsk et Moscou, ou qui enchaîne les deux, a intérêt à comparer avant de choisir où déposer. Le permis de séjour biélorusse, temporaire et permanent détaille le versant Belarus de la question.
Pour le tableau d'ensemble d'une installation — le budget réel, la ville, le logement, la scolarisation des enfants — le guide complet de l'expatriation en Russie prend la question par le bout du projet de vie plutôt que par celui des titres.
Questions fréquentes
- Faut-il obligatoirement un RVP avant de demander le VNJ ?
- Non, mais c'est le cas le plus fréquent. La voie ordinaire suppose d'avoir tenu un permis de séjour temporaire — le RVP — pendant au moins huit mois avant de déposer la demande de VNJ. Une dizaine de catégories en sont dispensées et déposent directement : les personnes nées sur le territoire de la RSFSR et ayant eu la nationalité soviétique, les enfants d'un parent citoyen russe, les spécialistes hautement qualifiés et leur famille, les diplômés avec mention d'un établissement russe accrédité, les locuteurs natifs du russe reconnus comme tels, les participants au programme de réinstallation des compatriotes, et les citoyens biélorusses au titre de l'accord entre les deux États.
- Combien de temps dure le VNJ russe ?
- Il n'a pas de durée : depuis le 1er novembre 2019, il est délivré sans date de fin. Trois exceptions gardent une échéance — le spécialiste hautement qualifié et sa famille, dont le titre suit la durée du permis de travail, et les cas où le VNJ a été obtenu par une voie elle-même limitée dans le temps. Le document lui-même se remplace tous les dix ans comme une carte d'identité, mais le droit qu'il porte, lui, ne s'éteint pas.
- Le VNJ donne-t-il le droit de travailler partout en Russie ?
- Oui. C'est sa différence principale avec le RVP, qui rattache son titulaire à la région qui l'a délivré. Avec un VNJ, on travaille dans toute la Fédération, sans patente ni permis de travail, on change d'employeur librement, on s'inscrit à l'assurance maladie obligatoire, et on cotise pour la retraite russe. Restent fermés : le droit de vote, les emplois de la fonction publique, et tout ce qui suppose le passeport russe.
- Que se passe-t-il si on oublie la notification annuelle ?
- Le titulaire d'un VNJ doit confirmer chaque année sa résidence auprès du service des migrations, dans les deux mois qui suivent la date anniversaire de son titre, en justifiant de ses revenus. C'est une formalité qui se fait en ligne en dix minutes. L'oublier une fois se rattrape avec une amende ; l'oublier deux années de suite est un motif d'annulation du permis, et c'est de loin la cause de perte la plus fréquente chez les étrangers installés.
- Peut-on quitter la Russie longtemps avec un VNJ ?
- Pas plus de six mois par année civile. Au-delà, le permis peut être annulé au motif que son titulaire ne réside plus en Russie. Le calcul se fait sur l'année civile et non sur douze mois glissants, ce qui laisse une marge à qui organise ses allers-retours : deux absences de cinq mois à cheval sur deux années ne posent pas le même problème qu'une absence de sept mois d'affilée dans la même année.
- Le VNJ mène-t-il automatiquement à la nationalité russe ?
- Non, il n'y mène pas tout seul : il en est la condition. La voie ordinaire vers la citoyenneté suppose cinq ans de résidence permanente sous VNJ avant de pouvoir déposer, avec des voies simplifiées qui raccourcissent ce délai ou le suppriment. Beaucoup d'étrangers installés s'arrêtent au VNJ et n'en demandent jamais plus : il donne l'essentiel de ce qui sert au quotidien, sans les obligations qui viennent avec le passeport.
Pour aller plus loin
Le RVP idéologique, décret 702
La voie qui mène au permis de séjour temporaire sans quota ni examen de langue — souvent la première marche avant le VNJ.
La nationalité russe
Ce que le VNJ ne donne pas, et ce qu'il faut de plus pour l'obtenir. Avec ce que la naturalisation engage.
S'expatrier et vivre en Russie
Le tableau d'ensemble : les titres, le budget réel, le logement, la santé, et les démarches des premières semaines.
L'enregistrement migratoire
L'obligation qui ne disparaît pas avec le VNJ : elle change simplement de forme et de délai.
Votre cas n'est pas dans la page ?
Un dossier refusé, un certificat médical périmé, une notification annuelle oubliée deux fois de suite : ces situations ont chacune leur remède, mais elles ont toutes une date limite. Écrivez avant qu'elle ne passe.